Un Musée des civilisations noires à Dakar

Un Musée des civilisations noires à Dakar

Le Sénégal a inauguré en décembre dernier à Dakar un musée consacré aux civilisations noires. Le Musée des Civilisations Noires (MCN) est un projet panafricain concrétisé un demi-siècle après son lancement par Léopold Sédar Senghor (1960-1980), premier président du pays. Le musée illustre également l’idée d’une restitution au continent de son patrimoine culturel.

Les travaux auront duré sept ans. Commencés sous le président Abdoulaye Wade (2000-2012), le ruban fut finalement coupé par son successeur Macky Sall.

L’architecture du musée est monumentale : 14 000 m² de surface, pouvant accueillir jusqu’à 18 000 pièces. Sa forme est inspirée des cases rondes de Casamance, région du sud du Sénégal. Ancré au cœur de la ville de Dakar, le MCN fait face au Grand Théâtre.

« Un projet panafricain »

Sa construction et son aménagement ont été financés par la Chine pour plus de 30 millions d’euros. « C’est un projet panafricain. Il y aura une facette de chaque partie de l’Afrique », a souligné M. Bocoum (directeur du MCN), en assurant que le musée pourra accueillir des œuvres d’autres pays du continent moins bien dotés..

L’inauguration est intervenue alors qu’un rapport remis en novembre au Président Emmanuel Macron, rédigé par deux universitaires, la Française Bénédicte Savoy et le Sénégalais Felwine Sarr, préconisait de faciliter les restitutions d’œuvres aux anciennes colonies.

Cette préconisation a d’ailleurs été saluée par le ministre sénégalais de la culture, Abdou Latif Coulibaly. Si les responsables français décident « de restituer définitivement [des œuvres], nous trouverons des moyens pour les récupérer », a-t-il précisé.

Le MCN « revendique le statut de musée moderne » où « l’on peut maîtriser la température et l’humidité dans chacune des salles », a souligné M. Bocoum. « Le Bénin arrive aussi », avec l’ouverture prévue en 2020 de quatre musées modernes dans des villes historiques, a déclaré Ousmane Aledji, chargé de mission auprès de la présidence de son pays, auquel M. Macron a annoncé dès la remise du rapport la restitution de 26 œuvres réclamées par Cotonou.

Un musée qui se tourne vers l’avenir

Ce type de projets « vient aussi vider de leur contenu un certain nombre de petits débats sur l’Afrique », a estimé M. Aledji, en référence aux doutes exprimés par certains experts sur les conditions d’accueil de ces œuvres. « Si ces biens appartiennent aux Africains, de quoi les Occidentaux se mêlent de savoir si l’Afrique sait les garder ou non ? », s’est interrogé avec véhémence le recteur de l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar.

L’idée d’un tel Musée des civilisations noires avait déjà été promue par Léopold Sédar Senghor, premier président du pays, lors du premier Festival mondial des arts nègres en 1966 à Dakar. Un demi-siècle plus tard, le MCN voit le jour et « tout le monde y sera, pour démontrer notre ouverture et notre capacité à dire aux autres : “Nous existons, mais nous existons avec vous et en compagnie de vous” », a affirmé le ministre de la culture.

Le MCN veut mettre en exergue « la contribution de l’Afrique au patrimoine culturel et scientifique », souligne M. Bocoum. Mais son objectif est « surtout de se projeter » vers l’avenir. « Nous n’allons pas rester dans la contemplation », a-t-il promis.

M. Bocoum, ancien directeur du patrimoine national, aujourd’hui directeur du MCN, se trouve pourtant confronté à un grand défi : le musée, dans un premier temps, n’aura pas de collection permanente. « Notre politique est celle des partenariats. Nous avons noué des accords avec plusieurs musées du monde entier, dont celui du Quai Branly à Paris. », explique-t’il.

Enfin, même en cas de mise en œuvre d’un programme de restitution de grande ampleur par la France, la ligne du musée n’a pas vocation à être modifiée. « Nous ne voulons pas être uniquement un musée du passé, le projet a toujours été tourné vers l’avenir, précise Hamady Bocoum. Cela se retrouvera dans nos politiques d’acquisitions : nous avons décidé d’acquérir en priorité des œuvres d’artistes africains vivants pour constituer à terme notre collection. ». Ce dernier volet s’est retrouvé dans la première exposition temporaire présentée dans le musée. Son nom : “Maintenant”.

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Dernière mise à jour le : 11 juin 2019
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